Les incontournables de l'espoir : Shantivanam, sud de l'Inde

À quoi ressemble la première année du Jubilé au sein d'une communauté bénédictine implantée dans l'une des cultures les plus diversifiées au monde sur le plan religieux ?

En Inde, les chrétiens constituent une petite minorité : 2,3 % de la population selon les derniers chiffres publiés du recensement national, contre 79,8 % d’hindous et 14,2 % de musulmans. Dans le Tamil Nadu, au sud du pays, les chrétiens représentent environ 5,9 % de la population. Et c'est ici, sur les rives de la rivière Kaveri, à environ 200 km au sud-ouest de Chennai, que se trouve Shantivanam (la « Forêt de la Paix »), qui abrite l'ashram Saccidananda, une communauté bénédictine camaldules.

Le nom lui-même permet de mieux comprendre leur communauté. Un « ashram » n’est pas le terme indien désignant une abbaye de style occidental, mais s’inscrit dans la longue tradition indienne des communautés axées sur la discipline spirituelle, la contemplation et la recherche de Dieu. « Saccidananda » (qui signifie « Être, Conscience et Félicité ») est une expression sanskrite issue de la pensée hindoue que les fondateurs de la communauté ont adoptée pour évoquer le mystère chrétien de la Trinité.

Fondé en 1950 et membre de la Congrégation bénédictine camaldules depuis 1980, Shantivanam s'efforce de mener une vie monastique chrétienne en s'inscrivant pleinement dans le contexte indien, tout en restant fidèle à la Règle de saint Benoît. Sa prière s'inspire des Écritures et de la liturgie chrétienne, tout en intégrant les langues, la musique et les formes de prière indiennes.

Cet esprit de rencontre influence profondément sa vie d’ouverture et sa conception de la communauté : Shantivanam accueille des chrétiens, des hindous et des personnes d’autres confessions ou sans confession pour des retraites, de la méditation et du dialogue. Au-delà de la vie de prière, la communauté soutient l’éducation des enfants, apporte une aide médicale et un soutien au logement, prend soin des personnes âgées et des voisins démunis, et cultive la terre par le biais de l’agriculture biologique, de l’élevage laitier, de la plantation d’arbres et du compostage.

Ainsi, lorsque le Jubilé a invité les communautés bénédictines du monde entier à « s'éveiller », Shantivanam a répondu en s'appuyant sur la réalité propre à son lieu : au carrefour du monachisme bénédictin, de la spiritualité indienne, du service concret et de la vie au sein de différentes traditions religieuses.

S'ouvrir les uns aux autres

Des intervenants issus de différentes traditions religieuses lors du séminaire sur l'unité et l'harmonie religieuse organisé à Shantivanam

En juillet, la communauté a organisé un séminaire de deux jours intitulé « L'éveil à l'unité et à l'harmonie religieuse », qui a permis de rassembler les participants autour d'exposés, de moments de prière, de dialogue et de réflexion.

Pour Shantivanam, l'harmonie religieuse commence par quelque chose qui vient de l'intérieur. Comme l'a expliqué la communauté dans son programme du Jubilé :

« Lorsque nous dépassons la peur, les préjugés et l’exclusivisme religieux, nous devenons capables de reconnaître la présence du mystère de Dieu dans le cheminement spirituel des autres. »

Ici, le dialogue interreligieux n'est pas une initiative ponctuelle. Shantivanam se veut un lieu de rencontre qui entretient des échanges réguliers avec les traditions hindoues, chrétiennes, musulmanes, jaïnes et d'autres traditions spirituelles.

Son espoir pour la rencontre de juillet était donc à la fois ambitieux et simple : passer « de la division à la communion et de la rivalité religieuse à l'enrichissement mutuel ».

S'éveiller à la paix

Procession aux chandelles pour la paix dans le monde à Shantivanam à l'occasion de la Journée internationale de la paix

Le 21 septembre, à l'occasion de la Journée internationale de la paix, cet engagement s'est traduit par un témoignage public.

Des personnes de différentes confessions religieuses se sont réunies pour une prière interreligieuse et ont défilé ensemble lors d'une procession aux chandelles en faveur de la paix dans le monde. La lumière des chandelles symbolisait une conviction au cœur même de cet événement : la paix doit d'abord naître au plus profond de chaque être humain avant de pouvoir se répandre dans les familles, les communautés et les sociétés.

Comme l'ont indiqué les organisateurs :

« La paix n’est pas simplement l’absence de conflit ; c’est un état d’esprit ancré dans la compassion, le pardon, la réconciliation et le respect de la dignité de chaque personne humaine. »

Ce rassemblement a offert une illustration simple de ce à quoi cela pourrait ressembler : des personnes de différentes religions marchant ensemble en tant que « pèlerins de la paix ».

S'éveiller à la création

En octobre, Awaken se tourne vers la Terre.

Un programme de trois jours consacré aux défis écologiques actuels alliera spiritualité et responsabilité concrète envers la création : il établira un lien entre les traditions camaldulesques et bénédictines de simplicité, de contemplation et de gestion responsable, d’une part, et la crise environnementale, d’autre part.

Son point de départ est tout aussi clair :

« La création n’est pas simplement une ressource à exploiter, mais un don sacré confié à l’humanité. »

À travers des exposés, des échanges et une réflexion concrète, la communauté examinera comment les monastères et autres communautés spirituelles pourraient devenir des pôles de sensibilisation à l'écologie, de mode de vie durable et de protection de notre maison commune.

Cette préoccupation trouve déjà une concrétisation à Shantivanam à travers l'agriculture biologique, la plantation d'arbres, le compostage et, plus largement, le rapport de la communauté à la terre.

Éveiller le cœur

Allumer une lampe en signe de prière à l'ashram Saccidananda, à Shantivanam

Parallèlement à ces rencontres, le père Dorathick Rajan, OSB Cam, prépare une nouvelle publication intitulée *The Universal Heart : A Guidebook to Awakening the Divine Within*(Le cœur universel : un guide pour éveiller le divin en soi).

S'inspirant de la spiritualité contemplative chrétienne et du dialogue avec d'autres traditions spirituelles, cet ouvrage met en relation la prière, le silence, la compassion, la création et la reconnaissance de la présence de Dieu.

Ensemble, ces initiatives révèlent ce que signifie « l’Éveil » à Shantivanam. Il ne s’agit pas simplement d’une prise de conscience intellectuelle. Selon les propres termes de la communauté, il s’agit d’une « transformation du cœur » : devenir plus attentif à Dieu, plus sensible à la dignité d’autrui, plus engagé en faveur de la paix et plus responsable vis-à-vis de la Terre qui nous est confiée.

C'est également un aperçu saisissant de ce que pourrait devenir un jubilé bénédictin véritablement mondial.

La Règle reste la même. Mais partout où elle se rencontre, elle se heurte à des histoires, des cultures, des voisins et des besoins différents — et suscite une réponse particulière.

À Shantivanam, la Forêt de la Paix, cette réponse consiste à passer de la division à la communion, du conflit à la paix, et de l'exploitation au respect de la création.

La communauté et les invités se sont réunis à l'ashram Saccidananda, à Shantivanam

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